Problèmes liés à la désinstitutionnalisation-Au Japon, devons-nous également supprimer les établissements spécialisés pour les personnes souffrant d'un handicap mental ?

Takeshi Matsuishi

 

Institut de recherche de Yokohama pour le handicap, l'éducation et l'industrie

 

 

La tendance actuelle étant à la « désinstitutionnalisation », pourquoi d'importantes structures d'internement ont-elles été construites en Europe et en Amérique du Nord ?

J'évoquerai l'historique et les raisons théoriques de l'hospitalisation en milieu fermé dans un autre article.

Parmi les installations spécialisées dans le handicap mental, celles possédant environ 1 000 lits sont devenues la norme, en particulier aux États-Unis. Ces institutions ont connu une croissance rapide dans les années 50.

Derrière ce phénomène, on retrouve les théories des psychologues estimant que la vie au domicile familial peut avoir un impact négatif sur les personnes ayant une déficience mentale ainsi que sur leurs frères et sœurs.

Il s'explique également par l'opinion publique américaine influencée par un contexte de croissance élevée et de guerre froide. Le handicap mental est alors considéré comme un fardeau pour la société.

Cependant, la maintenance et la gestion de ces immenses institutions nécessitent des budgets considérables. Aussi, le concept de « normalisation » prévalant en Europe du Nord, c'est-à-dire la désinstitutionnalisation et l'intégration dans la vie communautaire, représentait une justification commode pour abolir ces institutions.

Ce motif caché a été décrit dans des ouvrages tels que « Inventing the Feeble Mind » de James Trent. Selon le Français Jacques Hochmann, les handicapés sont complètement laissés pour compte aux États-Unis. Ces propos rapportés dans son « Histoire de la psychiatrie » (collection Que sais-je ?)

peuvent sembler émotionnellement chargés, mais il faut savoir que la France n'a jamais eu de grosses institutions spécialisées (500 à 1 000 lits) pour les personnes atteintes de handicap mental.

La plupart des installations de 100 lits ont été créés grâce à l'appui de personnes concernées et non dans le cadre d'initiatives publiques. Elles sont utilisées de manière efficace pour l'éducation et l'intégration sociale.

Ces installations sont appelées « Institut médico-éducatif ». Une distinction y est faite entre les personnes éduquées dans ces structures jusqu'à l'âge de 18 ans et en mesure d'obtenir un emploi à 20 ans, et les personnes qui continuent de vivre dans l'établissement passé cet âge.

En termes de puissance économique et de capacité de construction, le Japon peut être comparé à la France,

dans le sens où il n'y a jamais eu d'institutions de 1 000 lits pour les personnes souffrant d'un handicap mental dans l'un ou l'autre des pays.

Seules existaient des installations de 100 lits maximum, financées par des bienfaiteurs privés.

Ces structures résidentielles sont limitées en termes de places et leur accès est réglementé par des conditions strictes.

C'est quand les familles se retrouvaient dans l'incapacité de prendre soin des patients et que le Gouvernement étaient donc obligé de s'impliquer dans leur protection en raison de leurs symptômes psychiatriques ou de leurs faibles aptitudes intellectuelles, que ces patients étaient admis pour la première fois.

Par conséquent, utiliser les mêmes concepts de « désinstitutionnalisation » et d'« abolition des institutions » au Japon, comme dans les pays d'Europe et d'Amérique du Nord, c'est confondre les termes « institution » et « installation ».

En outre, pour l'administration, par exemple le ministère de la Santé et la Sécurité sociale, il semble qu'il s'agisse avant tout de réductions de coûts cachées.

Si ces installations sont complètement abolies, les enfants handicapés seront transférés directement de leurs domiciles dans des foyers sociaux. Le personnel de ces structures s'inquiètera évidemment des risques accrus d'accidents dus à un manque de temps et de main-d'œuvre pour comprendre les pathologies et les besoins des patients, comparé aux cas où ces patients souffrant de troubles mentaux séjournent de 6 mois à 1 an dans les institutions et sont encadrés par un nombre suffisant de personnel disposant d'assez de temps.

Enfin, en France, les règlements en matière de prise en charge des personnes souffrant d'un handicap mental ne séparent pas clairement les pathologies. En effet, les problèmes mentaux temporaires associés à des capacités intellectuelles limitées sont assimilés aux maladies psychiatriques visées par les lois sur les personnes handicapées. La distinction entre « handicap psychique » (troubles psychiatriques) et « handicap mental » (déficience intellectuelle) a été incluse dans la loi pour la première fois en février 2005.

Au Japon, les handicaps physiques, les déficiences intellectuelles et les maladies psychiatriques sont clairement distingués depuis longtemps dans la réglementation. Cette formalisation des pathologies est l'héritage de l'occupation américaine qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale.

Toutefois, dans de nombreux cas, plusieurs troubles sont présents (double diagnostic). Ces dernières années, nous avons assisté à un phénomène de regroupement des trois types de handicap sans distinction.

Une distinction rigide entre ces trois types de handicaps est source d'importantes difficultés dans le cadre du traitement des personnes handicapées souffrant de troubles multiples.

Toutefois, la distinction traditionnelle entre les déficiences intellectuelles et les maladies psychiatriques a permis une approche plus rationnelle en ce qui concerne le traitement médical et l'intégration sociale dans les différents centres de soins et services sociaux japonais.

Sur la base de cette analyse, j'estime que nous devrions examiner à nouveau la politique de séparation entre les déficiences intellectuelles et les maladies psychiatriques en prenant pour modèle l'approche d'autres pays comme la France.




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